
La promesse est séduisante : diviser vos mensualités par deux grâce au rachat de crédits. Entre espoir et scepticisme, cette affirmation marketing soulève une question légitime : dans quelle mesure cette réduction s’applique-t-elle réellement à votre situation personnelle ?
Le marché du regroupement de crédits connaît une croissance soutenue en France, portée par un taux d’endettement des ménages atteignant 59,9% du PIB selon les données INSEE 2024. Face à cette pression financière, de nombreux emprunteurs se tournent vers le rachat de prêts comme solution de respiration budgétaire immédiate.
Pourtant, entre la promesse commerciale et la réalité contractuelle, un fossé existe. Cet article propose une approche différente : transformer cette promesse floue en décision éclairée, en démystifiant les mécanismes de calcul, en personnalisant l’analyse selon votre profil, et en anticipant les risques post-regroupement que personne n’évoque.
Le rachat de crédit en 5 points essentiels
- La réduction de 60% des mensualités n’est pas universelle : elle dépend de 4 variables clés propres à votre dossier
- Chaque profil d’emprunteur nécessite une stratégie de rachat spécifique : surendetté, optimisateur ou accidenté de parcours
- Un dossier mal préparé conduit au refus : 5 raisons silencieuses expliquent les rejets bancaires
- Le rachat n’est pas toujours la meilleure option : 4 alternatives peuvent être plus avantageuses selon votre situation
- 30% des emprunteurs se ré-endetent dans les 18 mois suivant leur rachat : la sécurisation post-regroupement est cruciale
Démystifier la réduction de 60% et calculer votre gain réel
Le chiffre de 60% de réduction apparaît systématiquement dans les communications des organismes de rachat. Cette promesse n’est ni un mensonge ni une garantie universelle : elle représente le plafond maximal observé dans des configurations très spécifiques.
Quatre variables déterminent votre pourcentage réel d’économie. Le taux d’intérêt actuel de vos crédits constitue le premier levier : un emprunteur cumulant plusieurs crédits à la consommation contractés à des taux supérieurs à 8-10% bénéficiera mécaniquement d’une réduction massive en consolidant à un taux global de 4-5%.
La durée résiduelle de vos engagements joue ensuite un rôle déterminant. Un crédit immobilier souscrit il y a 15 ans à 4,20% conserve une part d’intérêts significative dans les mensualités restantes, alors qu’un crédit récent rembourse principalement du capital. Le potentiel d’optimisation varie donc considérablement selon l’ancienneté de vos emprunts.
Le montant global de vos mensualités actuelles et votre profil de risque bancaire complètent ce tableau analytique. Un dossier solide avec revenus stables et épargne résiduelle obtient des conditions plus favorables qu’un profil fragilisé par des incidents de paiement récents.
Pour comprendre concrètement ces écarts, examinons trois profils types et leur potentiel d’économie réel.
| Profil | Réduction mensualités | Conditions |
|---|---|---|
| Jeune actif | 30-40% | Taux initial modéré |
| Multi-crédits conso | 50-60% | Taux élevés initiaux |
| Senior propriétaire | 20-30% | Crédit immobilier ancien |
La méthodologie de calcul reste accessible sans outils complexes. Listez l’ensemble de vos mensualités actuelles, identifiez le taux moyen pondéré de vos crédits, puis projetez une consolidation sur une durée adaptée. L’écart entre le total actuel et la nouvelle mensualité unique révèle votre gain en trésorerie mensuelle.
Cette approche comparative présente une image mensuelle rassurante, mais elle masque souvent un arbitrage crucial entre soulagement immédiat et coût global.

L’allongement de la durée de remboursement constitue le mécanisme principal de réduction des mensualités. En étalant votre dette sur 15 ou 20 ans au lieu des 5-7 ans restants, vous diminuez effectivement la charge mensuelle, mais vous augmentez mécaniquement le montant total des intérêts payés sur la durée globale.
Cette tension entre respiration budgétaire immédiate et optimisation du coût total définit l’arbitrage fondamental du rachat. Un emprunteur en difficulté structurelle privilégiera la baisse des mensualités pour éviter le découvert permanent, tandis qu’un optimisateur financier cherchera à minimiser le coût global en limitant l’allongement de durée.
L’assurance emprunteur représente également un poste d’optimisation souvent négligé. Comme le souligne une analyse du secteur, un emprunteur non-fumeur de 30 ans pourrait obtenir une assurance moins coûteuse via une délégation par rapport à une assurance groupe. Cette marge de manœuvre permet d’affiner encore le calcul de votre économie réelle.
Au-delà du calcul mathématique, la pertinence du rachat dépend fondamentalement de votre profil d’emprunteur et de vos objectifs financiers. Une même réduction de 40% ne produit pas les mêmes effets selon que vous cherchez une respiration temporaire ou une restructuration durable.
Identifier votre profil d’emprunteur et votre stratégie optimale
La littérature commerciale sur le rachat de crédit présente cette solution comme universellement bénéfique. Cette vision uniformisée ignore une réalité fondamentale : tous les emprunteurs ne sont pas égaux face au regroupement, et chaque situation nécessite une stratégie différenciée.
Le premier profil type correspond au surendetté structurel. Ce cas se caractérise par un déséquilibre chronique entre revenus et charges, avec un taux d’endettement dépassant les 45% des ressources mensuelles. Les découverts bancaires se succèdent, les prélèvements sont régulièrement rejetés, et la pression psychologique devient insoutenable.
Pour ce profil, le rachat de crédit constitue une stratégie de respiration immédiate plutôt qu’une optimisation financière. L’objectif prioritaire n’est pas de minimiser le coût total, mais de ramener le taux d’endettement sous le seuil des 35% pour retrouver une capacité de gestion quotidienne. L’allongement significatif de la durée devient acceptable car l’alternative serait une spirale vers le surendettement déclaré.
Le deuxième archétype représente l’optimisateur financier. Son endettement reste maîtrisé, son taux d’endettement se situe entre 25% et 35%, et il dispose d’une épargne de précaution constituée. Sa motivation pour le rachat découle d’une volonté d’optimiser son coût total pour libérer une capacité d’épargne ou d’investissement.
La stratégie adaptée à ce profil diffère radicalement. L’optimisateur négociera un allongement minimal de durée, privilégiera les remboursements anticipés partiels sans pénalités, et comparera systématiquement le rachat complet à des alternatives comme la renégociation partielle ou le remboursement ciblé des crédits les plus coûteux.
Optimisation pour couple propriétaire
Un couple ayant emprunté 300 000€ à 4,20% sur 25 ans avec une mensualité de 1 701€ a envisagé un rachat en 2024. L’analyse détaillée révèle que malgré une réduction possible des mensualités, les frais supplémentaires liés au rachat et le réallongement de la durée ne compensaient pas les économies pour ce profil d’optimisateur. La conclusion de cette étude a orienté le couple vers une renégociation directe auprès de leur banque actuelle, obtenant un taux de 3,60% sans frais de dossier significatifs.
Le troisième profil correspond à l’accidenté de parcours. Sa situation financière était saine jusqu’à ce qu’un événement de vie bouleverse l’équilibre : séparation conjugale avec perte d’un revenu, licenciement économique, maladie longue durée ou accident entraînant une incapacité temporaire.
Ce profil nécessite une stratégie de reconstruction financière. Le rachat de crédit s’inscrit dans un plan global incluant la sécurisation des revenus, la reconstitution d’une épargne de précaution, et parfois l’accompagnement par un conseiller en gestion budgétaire. L’objectif temporel diffère : il ne s’agit ni de soulagement permanent comme pour le surendetté, ni d’optimisation pure comme pour l’optimisateur, mais d’un pont transitoire vers le retour à l’équilibre.

Pour chaque profil, des erreurs spécifiques doivent être évitées. Le surendetté structurel doit impérativement éviter de conserver des lignes de crédit renouvelable actives après le rachat, car la tentation de réutiliser cette capacité le replongerait dans la spirale. L’optimisateur doit résister aux offres d’allongement excessif de durée qui compromettraient son objectif de minimisation du coût total.
L’accidenté de parcours doit quant à lui éviter de sur-dimensionner son rachat en y incluant des besoins de trésorerie non essentiels, ce qui alourdirait inutilement son endettement futur alors que sa situation professionnelle n’est pas encore totalement stabilisée.
Reconnaître son profil permet d’adapter les critères de comparaison des offres. Le surendetté privilégiera le taux d’acceptation et la flexibilité des conditions, l’optimisateur scrutera le TAEG global et les conditions de remboursement anticipé, tandis que l’accidenté recherchera des clauses de modulation des échéances en cas de nouvelle difficulté temporaire.
Construire un dossier solide pour éviter le refus
Les organismes de rachat communiquent abondamment sur leurs critères d’éligibilité théoriques : taux d’endettement maximal, revenus minimums, ancienneté professionnelle. Cette transparence apparente masque une réalité plus complexe : les raisons réelles de refus restent rarement explicitées dans les notifications de décision défavorable.
Cinq motifs silencieux expliquent la majorité des rejets. Les incidents bancaires récents constituent le premier filtre éliminatoire : un découvert autorisé dépassé il y a trois mois, un rejet de prélèvement pour provision insuffisante, ou un retard de paiement sur un crédit actuel suffisent à déclencher un refus automatique, quel que soit le niveau de revenus.
L’instabilité des revenus représente le deuxième écueil méconnu. Les organismes analysent non seulement le montant global, mais également la régularité sur les trois à six derniers mois. Un travailleur indépendant avec des variations mensuelles importantes, même si sa moyenne annuelle est confortable, sera pénalisé par rapport à un salarié en CDI aux revenus inférieurs mais stables.
La multiplication des demandes de crédit constitue le troisième signal d’alerte. Les établissements consultent le Fichier des Incidents de Remboursement des Crédits aux Particuliers, mais également les historiques de consultation du fichier lui-même. Trois demandes de rachat simultanées auprès de différents organismes dans le même mois sont interprétées comme un signe de fragilité financière extrême.
L’absence d’épargne résiduelle forme le quatrième critère discriminant. Un dossier affichant un reste à vivre théorique de 800€ mensuel après rachat paraît rassurant sur le papier. Si l’analyse des relevés bancaires révèle une épargne nulle et un compte systématiquement à zéro en fin de mois, l’organisme anticipe une incapacité à faire face au moindre imprévu et refuse le dossier.
Les incohérences dans les justificatifs constituent le cinquième motif récurrent de rejet. Un emprunteur déclarant 400€ de charges mensuelles de logement alors que ses relevés montrent un loyer de 850€ perd immédiatement toute crédibilité, même si son intention était de présenter un dossier plus favorable.
Face à ces réalités, un plan de préparation sur 30 jours avant la demande maximise les chances d’acceptation. La régularisation de tous les découverts bancaires constitue la priorité absolue : pendant un mois complet, le compte doit afficher un solde positif en permanence, quitte à solliciter un soutien familial temporaire pour y parvenir.
La constitution d’une micro-épargne de sécurité envoie un signal puissant aux analystes de crédit. Un montant de 500 à 1 000€ placé sur un livret et non touché pendant les trois mois précédant la demande démontre une capacité à anticiper et à gérer les imprévus, rassurant ainsi sur la soutenabilité du futur engagement.
Pour les revenus variables, la stabilisation peut passer par des arbitrages temporaires : privilégier des missions plus courtes mais récurrentes plutôt qu’un gros contrat ponctuel, ou étaler la facturation sur plusieurs mois pour lisser les entrées de trésorerie. L’objectif consiste à présenter trois bulletins de salaire ou trois relevés de compte avec des montants homogènes.
Le nettoyage du Fichier des Incidents de Remboursement des Crédits aux Particuliers nécessite parfois des démarches administratives. Si un incident ancien a été régularisé mais reste inscrit au fichier, la production d’une attestation de régularisation peut accélérer sa radiation. Ce processus prend plusieurs semaines, d’où l’importance d’anticiper.
Au-delà des justificatifs standards, trois documents complémentaires renforcent significativement un dossier. Un relevé détaillé des charges réelles mensuelles, incluant non seulement le loyer ou le crédit immobilier, mais également les assurances, abonnements, frais de transport et charges courantes, établit une base de calcul transparente et crédibilise le reste à vivre projeté.
Un plan de financement projeté sur 12 mois, détaillant les entrées et sorties mensuelles après rachat, démontre que vous avez réfléchi à la soutenabilité de votre engagement au-delà du simple constat de réduction des mensualités. Ce document n’est jamais exigé formellement, mais il impressionne favorablement les analystes.
Une lettre explicative manuscrite en cas d’accidents de paiement anciens humanise votre dossier. Expliquer qu’un retard de trois mois en 2022 résultait d’un arrêt maladie imprévu depuis régularisé, et non d’une gestion hasardeuse, transforme un signal négatif en élément de contexte compréhensible.
L’erreur fatale reste la multi-demande simultanée non coordonnée. Solliciter quatre organismes différents la même semaine dans l’espoir de maximiser les chances produit l’effet inverse : chaque consultation apparaît sur votre dossier de crédit, et le quatrième organisme consulté voit trois demandes récentes, interprétant cela comme un refus multiple et ajoutant un quatrième rejet.
La stratégie du courtier unique résout cette problématique. Un courtier en rachat de crédit consulte plusieurs établissements en votre nom, mais une seule interrogation du fichier apparaît, celle du courtier. Les organismes partenaires ne voient pas les demandes parallèles, préservant ainsi l’image de votre dossier. Pour découvrir comment cette approche peut également s’appliquer à d’autres projets patrimoniaux, vous pouvez consulter nos conseils pour réussir votre projet immobilier.
Explorer les alternatives cachées au rachat de crédit
L’industrie du rachat de crédit présente naturellement cette solution comme optimale dans la majorité des situations. Cette vision commerciale occulte une réalité que les comparateurs indépendants confirment : selon les profils, d’autres options génèrent parfois des résultats supérieurs à moindre coût.
La renégociation directe auprès de vos créanciers actuels constitue la première alternative à explorer. Cette stratégie fonctionne particulièrement bien lorsque votre relation bancaire est solide, que vous n’avez jamais connu d’incident de paiement, et que vos taux initiaux ne sont pas catastrophiques mais simplement devenus moins compétitifs.
Un emprunteur détenant un crédit immobilier à 3,80% contracté en 2019 et un crédit auto à 5,50% souscrit en 2020 peut solliciter son conseiller bancaire pour une révision tarifaire. Les banques acceptent souvent de baisser leurs taux de 0,50 à 1 point pour conserver un client fidèle, évitant ainsi les frais de dossier d’un rachat externe qui s’élèvent généralement à 1% du capital restant dû.
Cette approche présente trois avantages décisifs : absence de frais de constitution de dossier, conservation de vos conditions actuelles d’assurance emprunteur sans réévaluation médicale, et maintien de la durée initiale qui préserve le coût total. L’économie mensuelle sera certes plus modeste qu’avec un rachat total, mais l’économie globale sur la durée peut être supérieure.
La modulation d’échéances ou le différé partiel représente la deuxième alternative, particulièrement adaptée aux accidents de parcours temporaires. Cette solution méconnue permet de suspendre ou de réduire les mensualités pendant 6 à 12 mois, le temps de stabiliser une situation professionnelle perturbée ou de faire face à une dépense exceptionnelle.
Contrairement au rachat qui restructure définitivement l’ensemble de la dette, la modulation constitue un aménagement temporaire sans frais de dossier significatifs. Les intérêts continuent de courir pendant le différé, mais l’impact sur le coût total reste limité comparé à un réallongement de 10 ans de l’ensemble des crédits.
Le remboursement anticipé ciblé des crédits toxiques forme la troisième voie stratégique. Cette approche consiste à identifier le crédit le plus coûteux de votre portefeuille et à mobiliser de l’épargne disponible, une prime exceptionnelle, ou un soutien familial pour le solder intégralement.
Un emprunteur cumulant un crédit immobilier à 2,80%, un crédit auto à 4,50%, et un crédit renouvelable à 12% gagnera davantage à éradiquer ce dernier qu’à regrouper l’ensemble. Le solde du crédit renouvelable supprime définitivement le poste le plus toxique, tandis que le rachat global aurait certes réduit les mensualités, mais prolongé le paiement d’intérêts sur des crédits initialement peu coûteux.
Une grille de décision simple permet d’identifier l’option la plus pertinente selon votre situation. Pour chaque alternative, trois critères déterminent sa supériorité par rapport au rachat complet.
La renégociation directe s’impose si : votre relation bancaire dépasse 5 ans sans incident, votre taux d’endettement actuel reste inférieur à 40%, et l’écart entre vos taux actuels et les taux du marché n’excède pas 1,5 point. Dans cette configuration, les économies de frais compensent largement la réduction de mensualités moins spectaculaire.
La modulation temporaire devient optimale si : votre difficulté est conjoncturelle et documentée, la période critique n’excède pas 12 mois, et vous disposez d’une visibilité sur la normalisation future de vos revenus. Un salarié en arrêt maladie de 6 mois avec retour programmé à temps plein illustre ce cas type.
Le remboursement anticipé ciblé se justifie si : vous identifiez un crédit à taux supérieur à 8%, vous disposez de liquidités équivalentes à son capital restant dû, et les pénalités de remboursement anticipé restent inférieures à 3% du capital. Cette stratégie produit un effet immédiat sur vos mensualités sans allonger la durée globale de votre endettement.
Ces alternatives ne sont pas mutuellement exclusives avec le rachat. Une stratégie hybride peut combiner le remboursement anticipé du crédit le plus coûteux, suivi d’une renégociation des deux crédits restants, évitant ainsi le rachat total tout en générant une économie substantielle. Pour approfondir les stratégies de gestion patrimoniale à long terme, explorez nos recommandations pour valoriser votre patrimoine.
À retenir
- La réduction de 60% n’est atteignable que pour les profils cumulant plusieurs crédits à taux élevés et acceptant un allongement significatif de durée
- Préparer son dossier 30 jours en amont en régularisant découverts et en constituant une épargne de sécurité multiplie les chances d’acceptation
- La renégociation directe, la modulation temporaire ou le remboursement ciblé peuvent s’avérer plus avantageux que le rachat selon votre profil
- Un tiers des emprunteurs se ré-endetent après rachat faute de discipline financière : automatiser épargne et budget devient crucial
Sécuriser votre discipline financière après le regroupement
Les contenus commerciaux sur le rachat de crédit s’achèvent systématiquement à la signature du contrat, comme si l’obtention du financement résolvait définitivement les difficultés. Les statistiques du secteur révèlent une réalité moins flatteuse : environ 30% des emprunteurs ayant bénéficié d’un rachat se retrouvent en situation de nouvel endettement problématique dans les 18 mois suivants.
Ce phénomène de ré-endettement post-rachat s’explique par un mécanisme psychologique bien documenté : le faux sentiment de richesse. Un emprunteur qui payait 1 800€ de mensualités et ne dispose soudainement plus que d’une échéance de 720€ perçoit une augmentation immédiate de son pouvoir d’achat de 1 080€ mensuels.
Cette perception déclenche inconsciemment une modification des comportements de consommation. Les arbitrages restrictifs pratiqués pendant la période de tension financière s’assouplissent progressivement : un restaurant hebdomadaire remplace le repas fait maison, un abonnement streaming supplémentaire s’ajoute, un week-end improvisé se planifie sans culpabilité.
Individuellement, chaque dépense reste raisonnable et justifiable. Cumulativement, elles absorbent une partie significative de la marge de manœuvre retrouvée. Après six mois, l’emprunteur constate que malgré la réduction de mensualités, son épargne ne progresse pas. La tentation de souscrire un nouveau crédit pour financer un projet apparaît alors, réactivant le cycle d’endettement.
La prévention de cette spirale nécessite la mise en place de trois automatisations financières dès le premier mois suivant le rachat. Le virement automatique vers une épargne de précaution constitue la première barrière de protection. Le jour même où la nouvelle mensualité réduite est prélevée, un virement de 15 à 20% de l’économie réalisée doit s’exécuter automatiquement vers un compte épargne distinct.
Cette automatisation transforme une intention vertueuse en contrainte systémique. L’emprunteur ne doit jamais voir la totalité de l’économie disponible sur son compte courant, car la disponibilité crée la tentation. En programmant ce virement le même jour que le prélèvement de la mensualité, le mécanisme devient invisible et indolore.
La budgétisation par enveloppes représente la deuxième automatisation structurante. Cette méthode consiste à créer des sous-comptes ou des enveloppes virtuelles pour chaque catégorie de dépenses : alimentation, transport, loisirs, habillement. Un montant prédéfini est alloué mensuellement à chaque enveloppe, et les dépenses s’imputent sur l’enveloppe correspondante.
La plupart des banques en ligne proposent désormais des fonctionnalités de sous-comptes ou de budgets catégoriels. En affectant par exemple 400€ à l’alimentation, 150€ aux loisirs, et 100€ à l’habillement, l’emprunteur visualise en temps réel sa consommation de chaque enveloppe et s’autorégule naturellement avant d’atteindre le plafond.
L’alerte de découvert paramètrée à un seuil volontairement élevé forme la troisième sécurité. Plutôt que de configurer une alerte à 0€, le seuil doit être fixé à 500€ ou 1 000€. Dès que le solde du compte courant descend sous ce niveau, une notification push avertit immédiatement l’emprunteur qu’il s’approche de sa limite de sécurité.
Cette alerte précoce permet de réagir avant d’entrer en zone rouge. Un découvert réel ne surviendra que si plusieurs alertes successives ont été ignorées, révélant un problème structurel plutôt qu’un simple dérapage ponctuel.
La question de la conservation ou de la fermeture des anciennes lignes de crédit divise les experts financiers. Intuitivement, fermer tous les crédits renouvelables et cartes de crédit après le rachat semble prudent pour éliminer toute tentation. Cette logique se heurte pourtant à une réalité technique : la fermeture brutale de toutes les lignes de crédit dégrade le score de crédit.
Les algorithmes d’évaluation du risque considèrent positivement une utilisation responsable de crédit disponible. Un emprunteur disposant de 5 000€ de crédit renouvelable autorisé mais n’en utilisant que 200€ démontre sa capacité à gérer du crédit sans y recourir excessivement. Fermer cette ligne supprime cette preuve de maîtrise.
La stratégie paradoxale du verrouillage progressif résout cette tension. Conserver une ou deux lignes de crédit à faible plafond, bloquer physiquement les cartes correspondantes dans un tiroir inaccessible, et paramétrer des alertes à 0€ d’utilisation. La ligne reste techniquement active pour le calcul du score de crédit, mais devient pratiquement inutilisable sans démarche volontaire.
Le contrat avec soi-même constitue la dernière barrière psychologique contre le ré-endettement. Ce document formalisé par écrit établit trois règles d’engagement strictes avant toute souscription de nouveau crédit, quelles que soient les circonstances.
La règle du délai de réflexion de 30 jours impose une temporisation systématique. Tout projet nécessitant un crédit doit être formulé par écrit et daté. La demande de financement ne peut être initiée que 30 jours plus tard. Cette pause neutralise les achats impulsifs et permet de vérifier si le besoin était réel ou émotionnel.
La règle du seuil d’épargne minimum conditionne tout nouveau crédit à l’existence d’une épargne de précaution équivalente à 3 mois de dépenses courantes. Tant que ce matelas de sécurité n’est pas constitué, aucun crédit supplémentaire ne peut être contracté. Cette règle garantit une capacité à faire face aux imprévus sans recourir à nouveau au crédit.
La règle de justification écrite du besoin oblige à rédiger un paragraphe de 10 lignes expliquant pourquoi le projet nécessite un crédit plutôt qu’une épargne progressive. Formaliser cette justification révèle souvent que le besoin peut être différé ou financé autrement, évitant ainsi l’endettement supplémentaire.
Ces trois règles, imprimées et signées, doivent être consultées avant toute visite en concession automobile, tout projet d’aménagement, ou toute tentation de financer des vacances à crédit. Le simple fait de relire son engagement personnel suffit souvent à déclencher une prise de recul salutaire.
Questions fréquentes sur le rachat de crédits
Combien de temps prend l’étude du dossier ?
L’établissement dispose de 10 jours ouvrés pour notifier sa décision d’acceptation ou de refus après réception du dossier complet. En pratique, les organismes spécialisés traitent la majorité des dossiers en 5 à 7 jours, tandis que les banques traditionnelles peuvent nécessiter 12 à 15 jours. Le délai total incluant la collecte des justificatifs et la signature finale s’étend généralement sur 3 à 6 semaines.
Peut-on inclure des dettes non bancaires dans un rachat de crédit ?
Oui, de nombreux organismes acceptent d’intégrer certaines dettes non bancaires dans le regroupement, notamment les arriérés de loyer, les dettes fiscales, ou les retards de paiement de charges de copropriété. Ces éléments nécessitent des justificatifs complets et peuvent influencer les conditions tarifaires proposées. L’inclusion de ces dettes permet de centraliser l’ensemble des engagements financiers en une seule mensualité.
Le rachat de crédit apparaît-il sur le fichier FICP ?
Non, le rachat de crédit en lui-même n’entraîne pas d’inscription au Fichier des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers. Seuls les incidents de paiement caractérisés donnent lieu à un fichage. En revanche, l’opération apparaît sur votre historique de crédit consulté par les établissements lors de futures demandes, mais de manière neutre, comme tout autre crédit contracté.
Quels sont les frais réels d’un rachat de crédit ?
Les frais se composent de plusieurs éléments : frais de dossier entre 0,5% et 1% du capital regroupé, indemnités de remboursement anticipé sur les crédits soldés généralement plafonnées à 3% du capital restant dû ou 6 mois d’intérêts, frais de garantie si le rachat inclut un crédit immobilier avec hypothèque ou caution, et coût de la nouvelle assurance emprunteur. Au total, ces frais représentent entre 2% et 5% du montant regroupé selon les situations.